De la médiation en littérature
Nul besoin de convoquer Perse ou Michaud, Bataille ou Des Forêts, ou quelques autres selon les inclinaisons de chacun, pour qu’apparaisse l’inanité de la proposition du girondin Valade, sénateur, comme il sied dans le monde.

La médiation est une noble entreprise. Elle chevauche l’érudit et le précepteur. Elle regroupe le diplomate et l’idéaliste. Elle est souvent médiocre, puisque le fait de tâcherons ronds et très joyeux de ce qu’ils sont.
Les éditeurs, parait-il, sont las des vanités de leurs auteurs, qui voudraient souvent être ceux d’un autre, ingrats jusqu’à la moelle, fainéants, imbus de leur unicité dans un monde de photocopie. L’auteur ne comprend pas que l’on ramène sa création, si singulière, si éclatante, au rang de produit de supermarché, abaissant aux lois bien répandues du profit mercantile ce qu’il a souffert et enduré à produire, justement.
Et parce qu’ils finissent sourds de pratiques croisées, jumelles, résillées assurément, l’un et l’autre peinent à s’entendre hors des prétoires et des tribunes violentes, afin de départager le dû de l’un, le devoir de l’autre. Valade, roulant à l’inverse de Sysiphe, en pente douce, appelle à la nomination de médiateurs pour apaiser les conflits de l’édition française. Et les gorges chaudes commentent cela avec empressement. “Quelle idée ? Pourquoi pas ? Il faut que vive le livre !” Eyrolles s’oppose.
Et gnagnagni. C’est cela la malédiction de toute industrie culturelle. Équilibrer les comptes. Respecter la création. Et créer un intermédiaire de plus n’y changera pas grand chose. Que s’affrontent le sang bouillonnant du créateur et celui du producteur, c’est encore une rage saine, qui contraint l’art et le libère dans un même mouvement. Vouloir apaiser la culture, c’est veiller un nourrisson pour l’empêcher de brailler. C’est d’un ring dont on a besoin. De casse et d’emphase. Que l’éditeur croche l’emmerdeur, et que l’écrivain devienne ce sportif élégant qui répond à l’insulte par un mouvement cérébral frontal. Aux limbes, l’arbitre.
(pour le visuel, c’est par là)
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