Hölderlin, président
Une clarté émotionnelle, assis, un jour de congés, devant un horizon indistinct, à même le sol, cherchant à saisir la plaine ou l’océan, quelque espace ouvert, juste, reprenant chaque souffle pour en appuyer le lyrisme, et maigre, et silencieux, et immobile, à l’épreuve même, comme un enfant.
Serait-ce que l’on pourrait acquérir un peu de clairvoyance ? Etre un peu moins brouillon ? Se grandir par la divagation ? Cesser d’aller à la cadence commune, épars ou gesticulant, en brin d’herbe secoué, par qui l’écrase.
Le débat politique n’a pas de saveur. Il n’est pas comparable au fouet d’un soleil de juillet, au désordre amoureux, au désespoir juvénile, à l’impuissance des poètes. Le discours des techniciens spécialistes du discours n’ont pas la majesté des falaises, des soirées au bistrot, du regard d’un complice. On peut en énumérer des saveurs, selon sa propre mise à l’épreuve du monde, guerrière ou bucolique, vengeresse ou apaisée. Le terrain de jeux économique est terne. Il fut l’un des derniers véritables théâtres tragiques. On pouvait encore se projeter en capitaine d’industrie, il y a peu. Ce n’est plus possible.
Partout, le spécialiste, l’administrateur, le comptable occupent l’espace, prennent la parole, édictent, commentent. Soupèsent. Et, pire : argumentent. Ne pouvaient-ils laisser cela aux poètes ?
La surprise a déserté le quotidien. Ni par les médias, ni dans les transports, ni même dans son regard, à Elle. L’étonnement s’est fait prendre dans un musée d’Art Contemporain. Puis remisé dans un fond de conservation. Il faut voir le coude des étagères, façonné par le poids, du papier, du papier seulement. L’élan, l’allant, devenus des “Graals” modernes.
« Les poètes seuls fondent ce qui demeure », dixit Hölderlin, reprit par Jean-Paul Michel. C’est à eux de reprendre les choses en main, la communauté, la nation, le monde. Les poètes. Et que les tâcherons, fussent-ils énarques, avocats ou ingénieurs, retournent dans l’ombre, au labeur, au concret et pragmatique usage du souffle.
Que certains vents du large, Khamsin ou Maara’amu, nous restituent la vigueur, et la saveur.
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