Substitution de la mémoire

Il y a un émoi qui s’annonce, gravé au cuter sur un bureau d’école. La médiation est un acte sensible. Comment comprendre le monde, si à la science, rigoureuse, ne s’ajoute la perception qui se constitue d’éclats et de mesure.

Ainsi, la métropole bruit d’indignation à l’interventionnisme d’état dans les programmes scolaires. Qu’est-ce donc que ce Barrès imberbe qui commande à la nation, impose les images, dessine les figures, trace les perspectives ?

Bien entendu qu’il est orgueilleux, l’ami Guaino. Et que son orgueil l’empêche d’estimer le monde, d’estimer sa fonction, d’en appréhender la plus infime parcelle de réalité. Il est, littéralement, “gonflé”.

Mais, s’éloignant du débat, que ne propose-t-on la substitution de l’enseignement de l’Histoire par celui de la Poésie ? Que ne supprime-t-on pour nos enfants l’apprentissage aussi futile qu’inutile de noms, filiations, dates, vainqueurs, tel qu’un catalogue ou un annuaire, que chacun oubliera aussitôt passé l’examen et la sanction ? Conservons la géographie, que l’on puisse s’orienter. Et développons l’âme, que l’on puisse grandir. On veut de l’émotion et, traitant de “la Nation”, créer un “sentiment commun”. S’agissant de la seconde guerre mondiale, alors c’est à Char qu’il nous faut faire appel, à Bataille, à Aragon, à Guillevic, non point à Môquet.

Éprouver le monde, en cela pouvoir l’affronter, n’est pas adorer un quelconque chef, se réunir derrière une quelconque bannière, ou relire l’histoire, incessamment, comme des petits “computers” analytiques. “Que l’on croit au ciel, ou pas”.

« Absent partout où l’on fête un absent »


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