Adresse exogène
L’exercice est contradictoire pour le moins, respecter le silence en ajoutant au bruit. Le voeux est fait d’orgueil et de révolte, qui fondent aussi la résistance. Il est celui de permettre une voie qui semble impossible ailleurs. Voix des regards posés, voie des proues soupesées, mettre au monde un entendement du réel qui n’y soit pas soumis, piètrement, banalement, dans toutes les litanies convaincues que l’on s’époumonent à nous faire entendre.
Bâillonner, comme jamais, la distance et l’attention au monde, pour ne lui consacrer qu’opprobre et mépris. Mais non, il ne faut pas être pessimiste. Cette voie existe, un peu dissimulée, dans les cloisons des universités, hors des grands programmes établis, mais persistante comme un mauvais virus ; dans l’insatisfaction du nombre et du commun qui, s’il n’ont plus d’espoirs véritables, ont encore des rêves d’un “possible” réel, qui diffèrent radicalement de celui dont on macule les pages quotidiennes, ces oeillères folles, ces brides efficaces, ces liens bien conformes avec la “règle” et à la “norme”.
S’extraire — le militant rageur corrigerait : s’exfiltrer. N’être plus sur le sujet même du quotidien, avec un avis banal sur chaque petite péripétie de la société bornée qui nous accueille. Côtoyer un peu le large, la marge bénéfique — du marginal, acrobate, voltigeur, saltimbanque de tous poils.
Se faire le compagnon irréel d’un horizon fabriqué sur mesure. Je veux dire, n’être plus dans les entraves usuelles, pour aller batailler avec des entraves plus vastes, plus sournoises, plus profondes, plus violentes même.
C’est à la fois un confort, et une anesthésie, qui ont fait de notre société ce qu’elle est devenue. Injuste, dure, déséquilibrée, violente, méchante, irresponsable, inconséquente, irrespectueuse, et inattentive. Ni l’humain, ni ce qui le dépasse, ni ce qu’il sait soumettre, ne sont plus les pivots de notre “vivre ensemble”.
Les idéologies se sont écroulées dans leur propre caricature. Et la mécanique du vide, ce chat mort/vivant bien connu des amateurs de paradoxe et curieux de la perception, nous entraîne chaque jour davantage dans une ronde aberrante et nihiliste, qui ne crée que désordre et souffrance, derrière son vernis de progrès.
Il va falloir décaper avec détermination nos grilles de lecture, et notre perception du réel. Il va falloir trouver les vertus d’un exil volontaire, et en témoigner avec force pour qu’il ne soit pas aussi vain qu’il puisse paraître.
Il va falloir renoncer à l’impuissance, et au confort de la lamentation et de la complaisance.
Après la déclosion nécessaire qui agite les quelques vigies encore actives, nous devons nous atteler à rebâtir le nid propice et salutaire, non de nous même, ni même probablement de l’espèce, de la “lignée”, mais de l’essence même qui nous fonde — dont la définition m’échappe, aquatique, fidèle en cela aux mythes “fondateurs”.
De quelle communauté serons-nous témoin ?

pour le visuel, c’est là
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- Published:
- février 14, 2008 / 8:27
- Category:
- Edito
- Tags:
- cohérence, déclosion, résistance
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